Communication et commerce, une passion au-delà des
Comme pour tous les sites touristiques, la côte Nord de la Bretagne, baptisée aujourd'hui la côte d'émeraude, considère les touristes comme le vent du large : 'une bouffée d'oxygène'. Faut-il encore pouvoir, dans ce début des années 60, capter ce flot de clients anonymes et de passage, et communiquer avec les étrangers.
Communication et commerce, une passion au-delà des apparences
Comme pour tous les sites touristiques, la côte Nord de la Bretagne, baptisée aujourd’hui la côte d’émeraude, considère les touristes comme le vent du large : ‘une bouffée d’oxygène’. Faut-il encore pouvoir, dans ce début des années 60, capter ce flot de clients anonymes et de passage, et communiquer avec les étrangers.
Campée derrière la vitrine, garnie de gâteaux et de chocolats ‘Fabrication maison’, une femme sexagénaire observe les passants. C’est la «petite Bretonne», vêtue d’une robe noire recouverte d’un petit tablier brodé, portant fièrement la coiffe plate en fine dentelle de Gouarec. « Elle tient la succursale, pâtisserie-chocolaterie de ses enfants, l’été à St Jacut de la Mer », vous disent les habitués.
Bien sûr, aucun touriste ne reste indifférent à cette frêle silhouette d’un temps révolu, imprégnée de coutumes ancestrales et empreinte de tant de douceur et d’attention. Passez à moins d’un mètre de la devanture, ayez un regard gourmand ou curieux, aussitôt un « Bonjour » plein de bienveillance vous interpelle. Celui-ci s’accompagne généralement de petits compliments adroitement dosés.
Curiosité et gourmandise ainsi éveillées, Marie-Joséphine invite sa ‘conquête’ à passer le pas de sa porte.
Comme par hasard, tout naturellement, viennent s’interposer entre elle et le passant, les succulentes friandises dont la description le fait fondre comme neige au soleil. Pourquoi ne pas se faire plaisir et faire plaisir ? Intrigués dans un premier temps par ce personnage insolite, les enfants deviennent très vite les alliés de cette fantastique grand-mère–gâteaux.
Vous ne parlez pas français, peu importe, le regard, le sourire, le doigt appuyé devant la rangée de gâteaux (ceux à la crème chantilly, fragiles et vite périmés), quelques mots : «gâteaux, très, très bons», suffisent à convaincre ou à se sentir redevable de cette attention préalable, amicale et insolite qui engendre de la reconnaissance.
L’objectif était sans nul doute de communiquer pour vendre, mais il n’était pas aisé de déterminer, dans quelle proportion de ses investigations, vendre ou communiquer lui procurait le plus de satisfaction. Les clients revenaient pour ce double plaisir : dégustation et émotion. Marie-Joséphine savait faire partager sa vie, au travers de récits d’un autre temps et de pâtisseries fraîches et naturelles. Répondre à la curiosité et à la gourmandise de ses clients, quoi de plus attachant ?
Malgré les nombreuses réflexions de certaines gens sur son ‘accoutrement’, Marie-Joséphine n’a jamais voulu s’habiller et se coiffer autrement. « Tant pis, si ce n’est pas du goût du jour », répliquait-elle, elle était et serait comme elle avait toujours été, elle-même. Son tempérament fort, son obstination et son attachement à ses origines, n’ont pas empêché cette petite Bretonne de susciter le respect et la tendresse de ses clients. Ceux-ci appréciaient la considération et l’attention dont elle faisait preuve à leur égard.
Dépourvue du look et des théories commerciales, Marie-Joséphine générait en 2 mois l’équivalant de 6 mois de chiffre d’affaires réalisé par la maison mère. Son attitude vendeuse était motivée par ce plaisir d’aller vers les autres. Le commerce servait son existence plus qu’elle ne le servait. Le jour où elle dit adieu à cette activité, elle a cessé d’exister. A l’abri des regards, isolée de ce flot humain, à l’écart des courants d’idées, sa vie s’est figée. Marie-Joséphine a quitté alors la vie avant sa mort, au-delà des apparences. M-H ROCHOUANE
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